Capsule historique # 1 – La bibliothèque Maisonneuve (…), par François Séguin

L’ASTED est heureuse de vous présenter la première d’une série de capsules historiques sur les milieux documentaires au Québec. Permettez-nous de vous présenter brièvement Monsieur François Séguin, qui s’est engagé à nous proposer plusieurs contributions sur les bibliothèques qui traitent de sujets abordés dans son livre :
Bibliothécaire retraité, responsable durant 25 ans de la bibliothèque Maisonneuve, Monsieur François Séguin est l’auteur de D’obscurantisme et de lumières : La bibliothèque publique au Québec, des origines au 21e siècle (Hurtubise, 2016) [Page du livre sur le site de l’éditeur].

LA BIBLIOTHÈQUE MAISONNEUVE : L’ABOUTISSEMENT D’UN LONG PARCOURS

Nous apprenions récemment que la Bibliothèque Maisonneuve, située à Montréal dans l’arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, serait agrandie et modernisée au coût de 23 millions$, sa superficie passant de 1240 à 3315 m2. Le moment nous semble bien choisi pour évoquer brièvement les tentatives d’ériger un établissement de lecture publique dans la Cité de Maisonneuve.

Hôtel de Ville. Cité de Maisonneuve. 1945. Archives de Montréal. VM94-Z382-2_141
Hôtel de Ville. Cité de Maisonneuve. 1945. Archives de Montréal. VM94-Z382-2_141

Au début du 20e siècle, la Cité de Maisonneuve envisagea de se doter d’une bibliothèque municipale. En 1911, le maire Alexandre Michaud obtint du gouvernement du Québec l’autorisation de « dépenser une somme en tout de vingt-cinq mille piastres pour organiser une bibliothèque municipale, compléter l’hôtel de ville, ainsi que le laboratoire bactériologique municipal ». L’apparence de favoritisme ne semblant pas préoccuper outre mesure les élus municipaux, un contrat fut conclu à cette fin avec l’entrepreneur et ingénieur municipal Marius Dufresne, le frère cadet du conseiller Oscar Dufresne. La construction du bâtiment, un chef-d’œuvre architectural de style Beaux-Arts, fut terminée en 1912. Sis angle Pie-IX et Ontario, il aura coûté 3,4 fois la somme prévue à l’origine. On y logea l’hôtel de ville jusqu’en 1918, alors que la Cité de Maisonneuve, criblée de dettes, fut annexée à Montréal. Toutefois, la bibliothèque, qui devait être érigée sur le site de l’actuel parc Maisonneuve, ne verrait jamais le jour.

Au printemps 1912, le Conseil municipal de la Ville de Montréal accueillit favorablement un rapport de la Commission spéciale de la bibliothèque qui relevait « que l’établissement d’une bibliothèque publique digne de la Métropole devient de plus en plus nécessaire et que cette bibliothèque devrait être établie dans le cours de la présente année ». Le 13 janvier 1913, le Conseil vota une somme de 500 000 $ destinée à l’achat d’un terrain et à l’érection d’une bibliothèque. Il fallut 17 mois de polémiques avant que le Conseil municipal n’arrivât à s’entendre sur le choix d’un site pour la « Municipale ».

Le Conseil municipal de la Cité de Maisonneuve tentât de titrer avantage de la situation en proposant à Montréal de lui céder gratuitement un terrain pour sa future bibliothèque. « Magnanime », Alexandre Michaud soutint : « Que la Cité de Montréal nous assure la construction d’une bibliothèque qui puisse convenir à la beauté des édifices publics que nous possédons déjà et nous lui donnerons gratuitement un terrain comme il ne s’en trouve pas dans la Métropole. » Goguenard, Victor Morin, membre du conseil municipal de Montréal, proposa : « Que ce Conseil remercie la ville de Maisonneuve de son offre généreuse, et que, pour lui montrer d’une manière effective, combien il apprécie cette générosité, il lui offre, sujet à l’approbation du Bureau des Commissaires et au bon plaisir de la Législature, de mettre gratuitement à sa disposition le terrain de la Cité situé sur la rue Sherbrooke, entre les rues Montcalm et Beaudry, pour qu’elle y érige et maintienne à ses frais une bibliothèque. » La motion fut déclarée irrecevable par le maire Louis Arsène Lavallée.

En 1913, le maire de Montréal, Médéric Martin, réclama que la bibliothèque fût érigée dans l’est, rue Sherbrooke, entre les rues Montcalm et Beaudry. Ce qui fut fait. Quant aux citoyens du quartier Maisonneuve, ils durent attendre durant quatre-vingts ans (1981) avant que la Ville n’établisse dans leur quartier une bibliothèque municipale. Ironie de l’histoire, elle s’installa dans l’édifice de l’ancien hôtel de ville de la Cité de Maisonneuve.

Pour terminer, notons qu’entre 1926 et 1967 l’édifice de l’actuel Bibliothèque Maisonneuve abrita l’Institut du radium, le premier hôpital québécois spécialisé dans le traitement du cancer à l’aide de rayons radioactifs. C’est à cet endroit que la chanteuse Mary Travers (La Bolduc) est décédée d’un cancer le 20 février 1941.


Vous retrouverez le début de cette chronique dans l’infolettre de l’ASTED du 24 avril 2018. Elle est également parue sous forme d’article sur la page Facebook de l’ASTED : Capsule historique #1.
Si vous avez des idées de capsules historiques à nous communiquer, prière d’envoyer un courriel à Fabrice Marcoux, chargé de projets spéciaux à l’ASTED.